ÉNERGIE

« Écologie, développement durable, réchauffement climatique, économies, alors qu’une nouvelle ère s’annonce aujourd’hui, dans laquelle il est question de clore encore plus et mieux les parois et les fenêtres, il semble qu’il y aurait quelque intérêt, sinon urgence, à faire l’histoire de l’isolation. Une histoire qui rencontre tout à la fois celles du chauffage, de la climatisation et de la ventilation, et aussi celle de leur effet matériel et typologique sur l’architecture. Cette exposition retrace cette histoire et ses possibles, en évoquant quelques moments, personnages, tentatives et dispositifs clés de la naissance et du règne de l’isolation, tout en y repérant, de-ci de-là, quelques fausses pistes et rebondissements. »

Auteur : Hubert Lempereur, architecte
Commissariat : Nadège Bagard, architecte
Maquettes et objets conceptuels : Guilhem Vincent
Graphisme : Philippe Tytgat

Cette exposition produite par la Maison de l’Architecture de Lorraine est la transposition d’une série de 10 articles écrits par Hubert LEMPEREUR, architecte, et parus dans la revue d’architecture D’A de septembre 2016 à octobre 2017.

Exposition produite par la Maison de l’Architecture de Lorraine, en partenariat avec la revue d’a.
La Maison de l’Architecture de Lorraine est soutenue par le Conseil Régional de l’Ordre des Architectes de Lorraine, le Ministère de la culture (Drac Grand Est), la Région Grand Est et les sociétés Equitone, 3T France et le CIC Est.

 Vers une architecture à réaction énergétique

“Rendre une idée politique ou spirituelle aussi populaire que l’auto”1 clamait Joseph Beuys, affirmant la nécessité de comprendre tout “processus de transformation de l’énergie”2 comme geste plastique dans la perspective d’un art anthropologique. Engageant une économie générale des énergies physiques, psychiques et sociales dans une “écologie de l’esprit”3, celui-ci devait révolutionner autant le champ politique, économique que spirituel. Dans un geste intellectuel aussi rafraichissant que pertinent, Hubert Lempereur, dans son histoire critique de l’isolation, construit la proposition absolument symétrique : rendre l’isolation aussi intéressante qu’une idée politique ou spirituelle. En montrant comment l’innovation technique ne peut être pensée sans appréhender du même coup ses effets matériels et morphologiques, il dresse une histoire de l’architecture comme territoire de luttes sociales, industrielles et intellectuelles où la pratique de l’architecture se voit mise en question par les enjeux climatiques, sociaux et techniques qu’ouvre l’entrée dans l’anthropocène. Rendre compte de la richesse et de la diversité du portrait que dresse Hubert Lempereur sous forme plastique oblige à décaler le regard pour exprimer les enjeux de sa proposition, au-delà de l’illustration des exemples qu’il prend soin de nous expliciter. Ainsi, au-delà et en deçà, de son histoire critique de l’architecture, il s’agit d’interpréter le geste intellectuel de son travail pour problématiser l’horizon d’une architecture énergétique qu’“il nous reste encore à inventer”4. Par ce travail, je vous propose cette collection d’objets à réactions énergétiques, série de cosmos exprimant sous forme plastique des relations entre des processus formels et des processus énergétiques, formes d’organisations et réactions thermodynamiques.
Ainsi je propose, en variant avec le vocabulaire développé par Joseph Beuys, d’utiliser des matières à réactions énergétiques, soit la cire d’abeille, le feutre, le cuivre, le silicone, la terre, le bois, pour produire des agencements plastiques construisant des univers énergétiques capables d’expliciter les “constellations des énergies”5 impliquées dans les problématiques portées par chaque article de l’exposition.
Ainsi, en assumant les conclusions d’une architecture comprise comme phénomène thermodynamique, et en tirant des “passerelles fructueuses entre électricité, acoustique, et thermique”6, une théorie de la spatialité moderne émerge de cette anthropologie des milieux habités isolés où se concrétisent des relations entre des ordres de réalité dont nous avons à adopter l’incommensurabilité. Et dans ce programme technique, social et symbolique, en projetant une politique des réglages énergétiques valorisant les savoir vivre, habiter et construire, il serait peut-être possible de dépasser l’aporie qui constitue inéluctablement l’horizon de l’anthropocène.

Guilhem VINCENT

1  Volker Harlan, Joseph Beuys, Qu’est-ce que l’art ?, Paris: L’Arche, 1992, p.85-85.
2  Max Reithmann, Joseph Beuys, La mort me tient en éveil, Toulouse: Espace d’art moderne et contemporain – ARPAP, 1994, p. 283- 284.
3 Ecologie de l’esprit dans le dictionnaire en ligne d’Ars Industrialis, http://www.arsindustrialis. org/ecologie-de-lesprit
4 Joseph Beuys, Jannis Kounellis, Anselm Kiefer, Enzo Cucchi, Bâtissons une cathédrale, Paris: L’Arche, 1986, p.135.
5  Max Reithmann, Joseph Beuys, op. cit., 1994, p. 283- 284.
6  Hubert Lempereur, « Une brève histoire de l’isolation (2/10) », in d’architectures, N° 248, Octobre
2016.