BIVOUAC

«L’architecture fragile est une manière de penser, en construisant, et de construire, en habitant. « Architecture Fragile » est un cycle d’installations/performances multifocales qui met en place des dispositifs spatiaux et sociaux dans lesquels s’installent les vies, les corps, les gestes, pour interroger le rôle et la place de l’architecte à l’articulation de la vie quotidienne, de la création artistique et architecturale, de la performance et de la discussion. Architecture transversale, cette proposition hybride appelle à une mise en tension, invite à la construction, à explorer et inventer, entre les gestes et les mots, dans la brèche ouverte entre le social et le spatial, de nouvelles manières de faire, de vivre, et de penser.»

C’est à partir de cette définition que le projet Architecture Fragile développe une stratégie d’action architecturale trouvant dans la pratique artistique la possibilité d’explorer le potentiel d’invention de formes et de dispositifs qu’offre une attitude expérimentale pour interroger la production, l’habitation et le partage d’un espace architectural. Par cet aller-retour entre production architecturale et expérimentation artistique, Architecture Fragile cherche à mettre en place des outils pour interroger les enjeux et les méthodes de la production architecturale, et trouver, à l’articulation entre la pratique artistique et la vie quotidienne, ce qui offre une valeur de signification et un potentiel de production.
Installant un espace de vie et de travail dans un territoire déterminé, Architecture Fragile propose d’en organiser la production et la monstration. Faisant du lieu même de la production l’occasion de la production du lieu même, le dispositif propose d’en interroger et d’en renouveler les usage et la pratique. Expérimentation sur le long terme, ce projet nomade se déploie dans des contextes discontinus pour mieux affirmer une continuité de sens et explorer les potentialités projectuelles que cette stratégie recèle. Dispositif spatial et social, le projet se territorialise à chaque édition de manière contextualisée pour adopter chaque territoire comme le lieu de la réinvention du projet et comme l’occasion d’exploration de pratiques sociales, artistiques et architecturales spécifiques. Architecture transversale, cette proposition croit en l’hybridation comme stratégie projectuelle et construit un espace où, par la mise en tension des outils qu’elle met en œuvre avec des territoires habités, s’inventent des espaces de négociation et de partage du sensible.
Exposer en s’exposant, par une présence continue sur les lieux, l’installation construit un espace public et en organise la monstration, mobilisant par là autant des éléments de production de l’espace que de son exposition. À partir d’une pratique d’auto-construction architecturale le projet construit le lieu de sa propre transformation et mobilise des outils de la médiatisation et du partage de son évolution. Ainsi, d’une occupation d’un espace le projet propose d’en interroger et d’en médiatiser  l’usage et le partage pour, dans l’espace ouvert entre le sociale et le spatial, entre les corps et les gestes, en explorer les potentiels de construction et d’habitation.
Les deux premières éditions en galerie on été l’occasion d’expérimenter le dispositif au croisement de la production architecturale, de l’exposition et de l’habitation, interrogeant la notion d’esthétique relationnelle et de transversalité comme modalité de production spatiale. Lors de la première édition à la Galerie 9 à Nancy, élaborée à partir de l’exposition du portrait d’une expérience d’auto-construction dans un appartement, l’architecte photographe et plasticienne Ludmilla Cerveny fut invitée à documenter l’expérience part la photographie, ce qui a été l’occasion de médiatiser le processus d’occupation et de construction sur un site internet dédié. Pour la deuxième édition au CCAM-Scène Nationale de Vandoeuvre-lès-Nancy, le principe de collaboration a été intégrée au processus de production de l’espace même du lieu d’occupation, au travers de la participation de l’architecte cinéaste Manuel Heidenreich. Cette intégration de la vidéo à l’intérieur du processus de production et de monstration de l’espace fut l’occasion d’interroger plus en profondeur la notion de transversalité comme modalité de création spatiale au vu d’en faire une stratégie de projet et d’interroger la potentialité de production d’un dispositif d’occupation.

Pour cette édition, l’occasion qu’offre la résidence dans le quartier de Hautepierre d’explorer l’habitation et la production d’un espace public ouvre une dimension supplémentaire que le projet n’a pas eu l’occasion encore d’explorer et qui rentre dans une continuité logique avec les ambitions du projet Architecture Fragile de développer une stratégie pour interroger la production et l’habitation d’un espace partagé. Interroger un espace habité et structuré au niveau de ses usages et des pratiques qui s’y développent pour révéler la fragilité et les potentialités de leur  renouvellement constitue un objectif de ce cycle d’actions et l’occasion de cette résidence offre un territoire d’expérimentation favorable pour explorer cette dimension urbaine et anthropologique que le projet mobilise.
Ainsi, le projet proposé Architecture Fragile #3 – Bivouac urbain propose de réinterpréter la notion de présence et de production dans l’espace public en construisant et habitant un espace de vie et de production. Recentrant l’activité autour de la production architecturale et mettant de côté la transversalité avec d’autres disciplines artistiques, le projet propose de construire et d’habiter une base de vie et de travail qui serait le lieu de production de son évolution et de son extension. Cette base, construite puis habitée au quotidien par l’artiste, serait le point de départ pour partager la conception, la production et l’occupation de l’espace public par la construction collective de mobilier urbain aux fonctions diverses à élaborer au cours de la résidence. En partageant des savoir-faire et des ressources matérielles que le projet en premier lieux cherchera à rassembler, le processus de travail visera à valoriser ces ressources locales pour projeter, réaliser et utiliser les diverses productions. Outil de lecture, d’habitation et de transformation de l’espace urbain, ce projet propose donc un dispositif architectural et social qui tente de faire de l’esthétique relationnelle un outil de pensée, de production et de partage de l’espace pour en renouveller l’usage et le mode de production. Cherchant à ouvrir des nouveaux regards et usages de l’espace urbain, le projet proposera ainsi d’en renouveler l’expérience et la pratique, montrant comment dans l’espace du quotidien peut être révélé un potentiel critique et productif renouvelé et renouvelable. Chantier ouvert, cette proposition constitue une stratégie d’action et un mode opératoire, et son contenu et les modalités pratiques de son élaboration se ainsi veulent délibérément ouverts. Le processus de projet devra se définir sur place et s’élaborera tout au long de la résidence. Ainsi, le résultat importe moins que le processus mis en place et consistera ainsi autant dans le contenu matériel et immatériel qui s’élaborera au quotidien de l’action que le résultat social et architectural qui en découlera. Origine et horizon du projet, le quotidien en sera donc autant la forme que le contenu, la matière que son usage, lieu même de son habitation même.

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