LE GRAND MULTIPLE

Nous, Emma et Guilhem, jeunes étudiants en architecture sommes intervenus dans le quartier de la Californie, à Jarville-la-Malgrange. Quartier de grand ensemble typique de la reconstruction, il est actuellement l’objet d’une rénovation urbaine sous convention ANRU. Cette entreprise met en cause l’environnement de la vie, et c’est le rôle de l’architecte qui est en jeu. Munis comme seules armes des outils d’observation et d’un potentiel d’imagination, nous avons tenté de nous positionner dans cette grande machine à transformer le monde.

«…nous pensons qu’une homéopathie architecturale est nécessaire et possible dans ces territoires urbains pour repenser la manière de faire des villes. Nous pensons que l’établissement d’un procédé alternatif est possible pour réorganiser les relations qui se tissent entre le bâti et les habitants, entre les concepteurs et les récepteurs, entre les subjectivités qui se rencontrent dans ces processus de transformation et de renouvellement urbain.»

«Nous prônons une urbanité de la contribution plutôt que de la consommation et nous pensons que cela peut être un levier pour que la vie se développe de l’intérieur et prenne des forces à mesure qu’elle construit son environnement.»

«La Californie se caractérise par une insularité qui en détermine les contours à différentes échelles. Que ce soit à l’échelle du grand territoire, de celle de ses limites propres où de sa morphologie in- terne, la Californie est un grand archipel urbain qui s’installe dans le territoire urbain et paysager.»

«Composé d’un ensemble de construction architecturales indépendantes, l’ensemble urbain constitué de la Californie forme un archipel de béton dans un espace public horizontal. Des tours et des barres se constellent dans un ensemble composé d’îles architecturales habitées.»

«Karim : La destruction à la base c’était surtout pour l’image du quartier. C’est vrai que c’est vendeur comme image le logement en bande à la place des grandes barres. Mais après y avait plein de petits trucs : des fenêtres qui ferment mal, les locataires avaient du mal à chauffer, des problèmes de bruit…»

«M. Stébé : Les personnes sont majoritairement informées de l’opération de rénovation urbaine mais de façon assez imprécise, la plupart d’entres elles ne sachant pas effectivement ce qui va être réalisé, excepté la démolition de certains bâtiments. Cela peut s’expliquer en partie par le fait que le « bouche à oreille » est le vecteur principal d’information entre les habitants.

La question du relogement est source d’angoisse en ce qui concerne son propre avenir ; c’est d’autant plus vrai lorsque l’on habite depuis longtemps au sein du quartier de la Californie. Cette crainte trouve son origine dans la peur d’un relogement à l’extérieur sans retour possible.»

«Karim : Jarville c’est petit, tout le monde se connaît bien. Quand on met en place la fête du quartier ça marche bien.»

«M. Jager : Les gosses qui sont partis là-bas ils reviennent jouer ici car ils n’ont pas de jeux. Dès qu’y a un rayon de soleil, ces gosses sont ici, sur le city stade, même s’il est un peu délabré.»

«Shahrazad : Ici y a énormément de gens qui ont grandis dans le « système D » en s’aidant entre voisins. Une voiture par exemple, ça se répare pas forcément au garage, on peut demander un coupe de main au voisin ou au cousin. S’il y avait un garage social qui les aiderait à s’organiser sur un planning et à gérer le matériel ça serai bien. Les prix seraient à la portée des gens d’ici.»

«Karim : C’est vrai que ça manque de petits commerces, ce qui marcherait bien et je l’ai toujours dit, c’est un marché. Connaissant les gens du quartier c’est sûr que ça marcherait.»

«Audrey : Alors pourquoi pas prolonger les paliers pour y mettre la poussette du gamin ou tous les truc qu’il ne savent pas où mettre comme les vélos. Y a toute cette problématique : qu’est-ce qu’il font de leurs petits vélos, y en a même qui ont déjà monté leur scooter dans l’ascenseur.»

«Shahrazad : Il faut être vigilant quand on veut construire dans les quartiers populaires de prendre en considération la typologie des familles et leur manière d’habiter. Les architectes quand ils construisent des logements parfois on a pas l’impression qu’ils ne prennent en compte les besoins des gens.»

Le Grand Multiple est un projet multifocal et multicéphale qui questionne le processus de rénovation urbaine. Multiple par sa diversité, grand par son étendue, l’ensemble propose x projets pour transformer le quartier de la Californie dans la banlieue nancéienne. À la fois enquête sociale, politique et anthropologique, questionnement sur la place et le rôle de l’architecte et manifeste pour une homéopathie architecturale, Le grand multiple offre un regard pluriel sur les relations qui se tissent entre les espaces et les identités, dans la manière où les pratiques sociales se construisent et se détruisent, articulées avec les processus de transformation du cadre de vie. Découpé en plusieurs parties, le projet regroupe une phase écrite et un travail de projet architectural. La partie écrite articule une partie manifeste qui propose un positionnement sur les enjeux de l’acte de construire, une partie qui propose une attitudes architecturale, comme manière de penser l’action architecturale, ainsi qu’une partie regroupant l’analyse urbaine, sociale et anthropologique. La partie projet, qui a été mené de manière collaborative par Emma Schwarb et moi-même, met en pratique les positionnements paradigmatiques préliminaires et articule les analyses urbaines, sociologiques, anthropologiques pour faire émerger des modes d’habiter propres aux espaces étudiés une constellation d’interventions ponctuelles et légères permettant d’envisager une appropriation des espaces supérieure et une hiérarchisation des échelles d’habitation plus douce. L’ensemble se présente comme une coupe sur les différents espaces du quartier. Du logement jusqu’aux franges paysagères, le projet propose d’installer des dispositifs spatiaux dans les marges laissées entre les différentes sphères d’habitation qui offriraient des limites plus souples entre les espaces tout en offrant des espaces plus généreux et mieux hiérarchisées. Comme des greffes architecturales évolutives, ces prothèses visent à envisager un renouvellement des pratiques habitantes par l’appropriation des espaces. Solutions homéopathiques à ce quartier de grands ensembles, le projet cherche à redonner de la densité et de l’épaisseur à ces espaces fortement conflictuels et encore problématiques pour envisager un renouvellement lent de la ville sur elle même.

Vous trouverez dans les documents suivants la notice de ce projet.

CARTES D’ANALYSES :

(Construction de... )

Limites paysagères

(Construction de... )

Forme urbaine

Cartes notice avec cartouche Formes urbaines

Un grand ensemble de limites

Cartes notice avec cartouche Un grand ensemble de frontières

Des marges urbaines

Cartes notice avec cartoucheDes marges urbaines

Un territoire habité

(Construction de... )