ZONE EN CONSTRUCTION

Beuys voile son origine dans une image. Une image qui parle d’une double naissance. cette image est à la source du cours de sa vie comme de son oeuvre : “1921 Clèves Exposition d’une blessure bridée par un sparadrap”. À la place d’une univocité sémantique, Beuys nous présente une image langagière (Sprachbild), qui met en suspens son entrée dans la vie. La blessure est présente. Elle devient rétrospectivement évènement artistique et image. Doublement marquée par la date et le lieu ainsi que par la fine couche de gaze du pansement qui sépare la vie de la mort, elle traverse en tant que telle plusieurs domaines symboliques. En même temps déchirure et épure, mémoire immémoriale. Cette déchirure de la blessure initie ainsi la démarche d’une vie, marquant le corps d’un signe perceptible par les sens, fixant comme un point de suture la peau et la texture de pansement.
Dans cette image langagière se condense ce que des expériences premières ne pouvaient représenter que de façon indicible, peut-être seulement par la douleur ou par la matérialisation de la blessure et du pansement entremêlés. Ceci rejaillit plus tard dans des formulations artistiques sous forme morcelée ou résiduelle : gaze, reliquat de matière, transsubstantiation et sang.

Max Reithmann, Joseph Beuys : La mort me tient en éveil, ARPAP, 1994, p. 295- 296.